Casse-tête Taquin
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On appelle des taquins ces casse-tête à pièces coulissantes dont le but est de recomposer une image par glissements et permutations successives des petites tuiles carrées qui la (dé)composent. L’idée de produire de tels objets est née de la découverte d’une anecdote que j’ai trouvé sous la plume du poète Emmanuel Hocquard. Il raconte qu’à Lisbonne, après le tremblement de terre de 1755, on avait remonté à la hâte les carreaux d'azulejos qui composent les panneaux allégoriques du Palais des marquis de Fronteira. Cet empressement était nécessaire étant donné que la chute des fragments manquants fragilisait l’ensemble, mais il note qu’ils ont été remis dans le désordre, si bien que « depuis cette restauration sauvage, [la figure allégorique de] l’Astronomie a les pieds dans un chaos de lignes et de couleurs ». Pour Hocquard, ce remontage de travers est comme une sorte de méthodologie poétique car, dit-il « toute série, si discontinue que soit l’agencement des termes qui la constituent, n’en produit pas moins, en fin de compte, une nouvelle continuité ». Cette méditation poétique très benjaminienne sur l’ordre et le désordre m’a donné envie de composer un taquin. Pour inspirer mon dessin, j’ai cherché des vues des azulejos du Palais des marquis de la Fronteira et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le poète avait lui aussi remonté les choses de travers : ce n’était pas la figure de l’Astronomie qui avait les pieds dans le chaos, mais celle de la Rhétorique – soit l’art de bien ordonner son discours. |
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